lundi 27 juin 2016

Multiplier un entier par un décimal I: construire le damier décimal

Pauline sait multiplier un décimal par un entier depuis l'année dernière. la manipulation est simple: à l'aide des petites perles écrasées, il suffit de prendre un certain nombre de fois la quantité demandée. Voici un exemple réalisé à l'école il y a quelques années:


Maintenant, nous voulons amener l'enfant à réaliser l'opération inverse: multiplier un entier par un décimal.
Certes, nous pourrions dire simplement à l'enfant que, comme la multiplication est commutative, 4 X 0,25 et 0,25 X 4 c'est pareil. Mais, comme je vous l'ai dit au sujet de la multiplication par une fraction, en Montessori, on ne donne jamais de "recette" toute faite tant que l'enfant n'a pas expérimenté et compris la notion.
Nous allons donc construire une progression pour que l'enfant intériorise ce qui se passe quand on multiplie par une quantité décimale et observe le placement de la virgule avant de lui donner la fameuse recette.

La première chose que nous allons faire, c'est construire avec lui le 1er outil qu'il va utiliser: le damier décimal.

mercredi 22 juin 2016

Pour que l'IEF reste ce riche terreau fertile de l'éducation, mobilisons-nous et défendons la Liberté d'instruction!

Image trouvée sur ce site


Voilà un moment que cet article me trotte dans la tête et que je n'arrive pas à l'écrire. Mais l'enjeu est trop important, alors tant pis si la forme n'est pas ce que j'attendais!

Récemment, sur ce blog, j'ai relayé la proposition de loi d'Eric Ciotti tendant à interdire l'IEF et à soumettre à autorisation l'ouverture des écoles hors-contrat. Un texte tellement énorme quant à l'IEF qu'il y avait bien des chances que, comme d'autres auparavant, il ne passe pas l'étape du projet.

Mais nous ne savions pas, alors, que l'IEF était sous la menace d'un danger bien plus proche et bien plus immédiat. En effet, c'est au sein même du ministère de l'Education Nationale, que se préparait le coup le plus meurtrier...
Lorsque Jules Ferry, (un homme pourtant pas particulièrement commode ni souple) a fait passer ses lois scolaires en 1882, il s'est bien gardé de rendre l'école obligatoire, seulement l'instruction. Pourtant, il rêvait d'une école qui forme de bons petits soldats républicains et que la France en finisse une bonne fois pour toute avec les régimes monarchiques. Malgré tout, la liberté individuelle restait encore supérieure à ce rêve et le choix des modalités d'instruction est donc resté aux parents, conformément à la Déclaration des Droits de l'Homme.
Jusqu'en 1998, les parents jouissaient donc d'une magnifique liberté concernant l'instruction de leurs enfants et ils avaient aussi la liberté de se regrouper en écoles informelles et familiales. Il a fallu la malheureuse histoire des enfants de la secte Tabitha's place pour que Ségolène Royal réagisse une fois de plus sous le coup de l'émotion (elle avait fait de même avec la règlementation des sorties scolaires...) et prenne une série de mesures visant à contrôler plus étroitement ces quelques enfants qui ne fréquentaient pas les écoles déclarées. Les écoles parentales non déclarées ont été les grandes victimes de cette mesure, mais, globalement, les parents ont pu continuer à instruire leurs enfants en suivant la pédagogie et la progression qui leur convenait.

Certes, tous les ans, les parents sont contrôlés pour voir si leurs enfants reçoivent un enseignement effectif qui leur permette d'arriver au socle commun des compétences, mais jusqu'à présent, les inspecteurs viennent au domicile de l'enfant et, pour juger de l'instruction reçue, les parents peuvent s'opposer à ce que l'enfant subissent une batterie de tests, surtout si la pédagogie utilisée à la maison est très différente de celle de l'Education nationale, et d'autant plus si l'enfant a eu un vécu scolaire  douloureux et que les tests ravivent des blessures parfois très importantes.


Aujourd'hui, les conditions d'IEF se retrouvent sérieusement menacées.
Face au nombre grandissant d'enfants instruits en IEF, les inspections académiques avaient déjà tendance à convoquer de plus en plus les familles dans des établissements scolaires ou les inspections, surtout pour les enfants en secondaire. On imagine bien l'intérêt de la chose pour les inspecteurs. Mais l'intérêt de l'enfant et, plus largement, des familles? Outre la difficulté de transporter les outils pédagogiques, que dire du stress de l'enfant dans ces conditions?
Jusqu'à présent, les familles pouvaient refuser la convocation et demander une inspection au domicile. Ça se passait plus ou moins bien, mais les familles étaient dans leur droit.
Aujourd'hui, le ministère veut laisser le choix du lieu de contrôle à la seule inspection académique. Pire encore, au cas où le parents refuseraient à 2 reprises un contrôle, ils se verraient notifier une injonction de scolarisation...

Mais ce n'est pas tout!
Dans la plupart des cas, les familles qui choisissent l'Instruction en Famille ne souhaitent pas faire "l'Ecole à la Maison". Autrement dit, même si elles travaillent parfois avec des outils classiques, l'une des premières raisons du choix de l'IEF est de suivre le rythme de l'enfant.
C'est pour cela qu'elles font majoritairement le choix d'une pédagogie différente de celle de l'Education Nationale. Or qui dit pédagogie différente, dit outils différents et progression différente, ce qui ne veut pas dire que les enfants ne sauront rien à la fin, bien au contraire.
Le texte qui régit nos obligations se base sur l'acquisition du socle commun des compétences. Un texte relativement vague qui laisse une assez grande liberté sur la manière de le mettre en œuvre. Or les inspecteurs ne connaissent bien souvent qu'une seule manière de vérifier ces compétences: les exercices de la pédagogie classique.

Dans la situation actuelle, on rencontre bon nombre d'inspecteurs plutôt ouverts et capables d'évaluer le travail d'un enfant avec d'autres lunettes que celles des exercices de leurs livrets d'évaluation standardisés. On rencontre bien des inspecteurs très obtus qui ne jurent que par les tests écrits, mais il est possible, pour les parents qui le souhaitent, de s'opposer à ces personnes et de demander un autre type d'évaluation. Parfois les inspecteurs refusent de respecter ce droit des parents et les choses peuvent aller jusqu'au tribunal.

Aujourd'hui, pour couper court aux situations litigieuses, la Ministre de l'Education a décidé de simplifier le problème et de mettre fins aux procès qui opposent les familles aux Inspecteurs académiques en rendant simplement les tests systématiques!

Cette décision est totalement liberticide! Certes, l'IEF n'est pas soumise à autorisation comme le souhaitait Eric Ciotti, mais on la musèle, on lui enlève ce qui fait sa spécificité et sa richesse. On impose aux enfants de se soumettre encore et toujours à la pédagogie classique.

Pourtant, la Déclaration des Droits de l'Homme est claire:

« Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948, article 26-3.
« Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’Etat, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. »
Protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, 1952, article 2, protocole n°1.
« La liberté de créer des établissements d’enseignement dans le respect des principes démocratiques, ainsi que le droit des parents d’assurer l’éducation et l’enseignement de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophiques et pédagogiques, sont respectés selon les lois nationales qui en régissent l’exercice. »
Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 2002, Article 14-3.

L'IEF n'est pas un copié-collé de l'école. L'Education Nationale (dont j'ai fait partie pendant 12 ans) n'a pas le monopole de l'apprentissage et du savoir. On peut avoir atteint des compétences du socle commun sous une autre forme que celle que l'on retrouve dans les exercices scolaires!
L'Education Nationale ne semble capable de voir qu'à travers son propre moule. Mais qu'elle commence par faire sa propre évaluation!
Quand 25 % des élèves sortent avec des acquis fragiles du primaire et 15% sont en très grande difficulté, que ces chiffres ne baissent pas (loin de là) depuis des années et des années, il serait bon qu'elle change enfin de lunettes pour voir le monde. Qu'elle entende les neuro-scientifiques, qu'elle arrête de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui essayent de rendre le système plus efficient (les enseignants Freinet, Céline Alvarez...), voire même qu'elle se ressource dans les expériences des écoles alternatives et des parents IEF (rêvons...)!!

Mais non, au lieu de résoudre ses propres problèmes, L'Education Nationale préfère passer beaucoup de temps à réglementer la situation de 0,03 % d'enfants (les enfants en IEF hors CNED). Et sur cet infime pourcentage d'enfants, un député de la majorité avoue lui-même en Commission Spéciale que les problèmes, "sont des cas infimes".
Mais leur problème, c'est que, bien que très marginale, l'IEF progresse ces derniers temps. Rendez-vous compte, plus 30% ces dernières années, affirme le ministre Patrick Kanner, dans cette même Commission Spéciale. Et visiblement, ce "raz-de marée" (0,03 % d'élèves, on le rappelle) les agace, voire même leur fait peur...
C'est qu'en la matière, le gouvernement peine à accepter l'effectivité de la liberté de l'instruction. Qu'une poignée "d'hurluberlus" échappe à l'école traditionnelle, c'était déjà tout juste supportable, mais si en plus ce nombre augmente!...

Malgré les paroles apaisantes de la Présidente de la Commission spéciale sur le fait que la liberté d'instruction n'est nullement remise en cause, le discours de Mr Carpentier est extrêmement révélateur d'un courant de pensée dominant. Je vous laisse en découvrir la teneur translittérée par mes soins:
"Je souhaite que la norme pour notre pays soit un maximum de scolariser nos enfants, donc, ça doit être un effort chaque jour de notre système scolaire; c'est pour ça qu'on a fait la refondation de l'école. Il faut que l'école réponde aux questions. Après, il y a le droit des familles, qui doit être strictement contrôlé. Et au vu des chiffres donnés par le ministre, je suis satisfait de la proposition que fait le ministre aujourd'hui. Elle est claire, elle est nette, et j'en suis très content."

On voit bien que le rêve de ce monsieur est de ramener dare-dare tous ces enfants qui lui échappent dans le giron de l'école. Ça doit même être "un effort de chaque jour" ! On dirait vraiment que cela lui fait mal que des enfants puissent apprendre en dehors de l'école. Et s'il ne peut pas ouvertement contester le droit des familles, on sent nettement la volonté de contrôler très étroitement.

Et c'est là le maître mot, à mon avis. C'est là la maladie de ce siècle et de ce gouvernement. Vouloir tout contrôler, mesurer, faire rentrer dans le moule... Tant est si bien que l'humain passe à la moulinette!

Ce texte m'a tout l'air, encore une fois, d'être un texte de réaction. Un texte dictée par la peur, peur de l'autre (la référence à la radicalisation apparaît dans les motivations du texte), peur d'une manière de faire et de penser différente... Le tout enrobé dans un discours fédérateur autour de l'égalité et de la citoyenneté.

Mais c'est surtout un texte inspiré par la volonté de mettre tout le monde sur le même plan, de nourrir tout le monde à la même soupe. Mais c'est oublier que l'humain est divers, multiple. C'est oublier que nos grands penseurs, nos grands scientifiques, ceux qui ont fait changer le monde, étaient tout sauf des gens dans le moule!! Ce texte me fait penser à un insecticide ou un pesticide qu'on répand dans un champ. Exit les mauvaises herbes, exit les coquelicots, exit les pollinisateurs! Pourtant, quoi de plus beau qu'un champ de blé avec des coquelicots ?

Nous, les parents IEF et les éducateurs des écoles alternatives, nous sommes les herbes folles, les coquelicots du champ de blé de l'éducation. Je vois bien que, depuis quelques temps, maintenant, de plus en plus d'enseignants eux-mêmes étouffent dans le carcan normatif de l'Education Nationale (d'ailleurs, je ne veux plus y remettre les pieds).
Ils viennent se ressourcer auprès de nous, qui proposons un modèle différent. Mais vu du ministère, cette réalité n'existe pas. On préfère se payer de mots, faire mine que l'IEF est dangereux et ne surtout rien faire pour améliorer le système scolaire...

J'ai conscience que mon billet part un peu dans tous les sens. C'est que j'ai tellement de choses qui me viennent que je ne sais comment tout rassembler dans un tout cohérent.
Mais d'autres sur la toile ont écrit très bien sur ces thèmes.
Je vous invite particulièrement à aller lire le très beau (et impertinent) billet de Bernard Collot ainsi que les nombreux articles d'Isa Lise.
Et comme tout n'est pas encore joué, si vous aussi vous estimez que la liberté d'instruction doit être défendue, que vous la pratiquiez ou non, que vous soyez parent ou enseignant, n'hésitez pas à signer la pétition de Colect'IEF.

vendredi 10 juin 2016

Pyramide alimentaire

Il y a quelques temps, Pauline m'a demandé à ressortir un matériel que j'avais fabriqué il y a longtemps pour la classe. Il s'agit d'une pyramide alimentaire.
L'idée de fabriquer ce matériel m'était venue à l'époque en écoutant parler les enfants entre eux de ce qu'ils mangeaient. Des réflexions de quelques filles à propos d'aliments "à ne pas manger" ou "qui font grossir" m'avaient convaincue que les choses étaient très embrouillées dans leur tête et qu'il fallait clarifier cela.
En complément de leur travail sur le système digestif, j'avais donc préparé un matériel sur la fameuse pyramide alimentaire.
L'idée de base était de ne diaboliser aucun aliment mais d'insister sur le rôle que joue chacun d'eux et sur l'idée de proportion à respecter entre groupes d'aliments.





Lors de la présentation, comme pour un grand récit, j'ai sorti l'affiche renseignée. En 6-12, le point commun des "leçons", c'est de partir d'une question, d'une interrogation qui puisse intriguer les enfants. Par exemple: "Nous avons vu que notre corps avait besoin que nous avalions des aliments pour que le système digestif puisse extraire les minuscules éléments nécessaires à la vie de nos cellules, les nutriments. Mais, à votre avis, est-ce qu'on trouve toutes les sortes de nutriments nécessaires dans n'importe quel aliment?"
Les enfants expriment un peu leur avis, des connaissances et des croyances émergent. Nous pouvons donc utiliser l'affiche pour trouver la réponse à notre question. Je fais observer chaque étage de la pyramide aux enfants. Les grands types d'aliments sont nommés ainsi que leur importance pour notre santé.
Par exemple, pour l'eau: " Notre corps est composé à 70% d'eau. L'eau n'est pas un aliment mais elle est absolument indispensable à notre vie et permet à nos cellules d'utiliser l'énergie des nutriments. Nous perdons régulièrement de l'eau par la transpiration et l'urine. Il faut donc chaque jour apporter de l'eau à notre corps pour l'hydrater, c'est à dire, maintenir le bon niveau d'eau dans nos cellules."

La pyramide proposée inclut les protéines animales, mais lors de la présentation, on indique que certaines personnes choisissent de ne pas en consommer et on explique brièvement comment certaines catégories d'aliments (les légumineuses, essentiellement) peuvent compenser.
Quand tous les étages ont été vus, on regarde la forme triangulaire de la pyramide pour en comprendre le sens.



Patrons de volumes



En fin d'année dernière, à l'école, nous avions commencé à voir avec les enfants de l'âge de Pauline comment développer un patron à l'aide des volumes bleus. Je n'en ai hélas pas pris de photos à l'époque mais la technique est simple: sur une feuille A3, on pose un volume (le parallélépipède, pour commencer) et on trace le contour de la première face. Puis on fait pivoter le volume pour tracer une deuxième face et ainsi de suite...
Quand on a tracé les 4 rectangles, on observe avec les enfants comment sont placées les 2 faces carrées et comment les dessiner de part et d'autre d'une face rectangulaire.
Pour placer les languettes, le mieux est d'avoir dessiné soi-même un patron, de le découper et de faire réfléchir les enfants pour savoir à quel endroit ils vont devoir les placer.
Avant de faire cette activité, nous avons vu avec l'enfant le vocabulaire du volume: face, arête, sommet.
En fabriquant puis en montant les patrons, l'enfant prend mieux conscience que les faces sont des figures géométriques planes et les arrêtes les segments qui délimitent les côtés de ces figures.
Après la réalisation guidée du parallélépipède, on incite les enfants à se fabriquer d'autres volumes. Ils devront donc réfléchir, volume en main, à la manière dont ils vont raccrocher chacune des faces les unes aux autres pour que le patron puisse devenir un volume  ainsi qu'à la place des languettes.
Un travail motivant pour les enfants et qui avait rencontré beaucoup de succès.

Cette année, dans son fichier de maths, Pauline avait une série d'exercices sur les volumes et leurs patrons. Elle les a beaucoup aimés et elle s'est rappelé de l'activité faite en classe. Du coup, elle avait envie de construire d'autres volumes.
J'ai donc utilisé les exercices d'un fichier des excellentes éditions Buissonnière: géométrie au cycle 3.
J'ai imprimé les patrons sur papier fort et elle s'en est donné à cœur joie de monter les nombreux volumes proposés.

Après l'étape du découpage, pour plier correctement, il faut préalablement marquer les plis avec un objet dur et pointu. ici, nous utilisons l'objet spécialement prévu pour cela: le plioir. Cette étape demande de la précision dans le "tracé".

Petit à petit, le patron devient volume

L'étape du collage requiert parfois une grande précision. Une colle en gel comme la scotch net est la colle la plus adaptée pour réaliser ce genre de travaux ainsi que les maquettes.

Il lui reste encore quelques volumes à monter (dont le fameux ballon de foot qu'il faut que nous fassions imprimer sur du A3 dans une boutique de reproduction) mais la collection de volumes commence à bien s'étoffer...

lundi 30 mai 2016

Mise à jour sur le blog 3-6 ans

Je viens de commencer à publier le 1er billet de synthèse sur la vie pratique en 3-6 ans sur le vieux blog Journal Montessori. N'hésitez pas à le consulter et à laisser vos commentaires et/ou vos questions si cela vous intéresse.

jeudi 5 mai 2016

Menaces sur l'IEF

Eh, oui, 2 articles le même jour!
D'habitude, je ne suis pas assez réactive pour relayer l'info, mais je viens de tomber sur cet article de Lise Isa nous informant au'n groupe de députés essaye encore une fois de faire passer une loi destinée à rendre impossible l'IEF par choix personnel. Cette fois-ci, c'est l'argument du terrorisme qui est utilisé...
Je vous renvoie à son article auquel j'adhère totalement et dans lequel vous pourrez trouver les liens vers 2 pétitions pour lutter contre ce ixième projet de loi contre la liberté d'éducation.
Espérons qu'il en sera de même que pour toutes les autres tentatives. Il serait bon que les politiques mettent leur énergie ailleurs que sur l'IEF pour résoudre le problème du terrorisme et plutôt se demander si ce ne serait pas justement "l'école de la République" qui n'aurait pas accouché de ce monstre du terrorisme en se gavant de belles paroles sans voir la réalité du terrain.

Chimie

La chimie est un domaine que l'on aborde tard dans les études en France. Quelques vagues rudiments au collège et un peu plus au lycée.
Pourtant la chimie est une clef qui explique bien des phénomènes et qui peut être expliquée assez simplement aux enfants dès 8 ou 9 ans. Dans "De l'Enfant à l'Adolescent", Maria Montessori se livre a une brillante démonstration d'enseignement des bases de la chimie aux enfants de 9-12 ans en proposant une histoire de la terre à travers la thématique de l'eau.

Depuis des années, je suis attentivement les parutions de l'association Carpe Diem qui propose des lapbooks et autres ressources éducatives innovantes. J'en ai utilisé plusieurs avec les enfants et notamment l'excellent grimoire de chimie. Je commençais la chimie avec les enfants vers 8 ans en me basant simplement sur la lecture commentée de cet excellent outil et sur les activités proposées. Les enfants en raffolaient!

Le "grimoire" se lit comme un roman passionnant. Le ton employé est léger, drôle et les notions étudiées deviennent lumineuses et simples avec des exercices pour bien se les approprier. Depuis cette année, il y également la possibilité d'activités supplémentaires sous forme de lapbook.
Du coup, quand j'ai commencé le cursus pour Pauline cette année, nous avons pu bénéficier à la fois des activités du grimoire, ce celles du livret d'activités complémentaires et de celles du lapbook. Un cursus très complet!
Pauline a maintenant son cahier de chimie où nous collons les fiches d'exercices du grimoire ainsi que  les réalisations du fichier lapbook.

Travail sur la notion d'élément puis de molécules. Pour comprendre les formules des molécules, la comparaison avec la recette fonctionne à merveille. Sur la page de gauche, on s'amuse à faire des petits calculs simples de proportionnalité pour fabriquer des quantités variables de tel ou tel minéral.

Pour être à l'aise, mémoriser un certain nombre de nom d'éléments avec leur symbole s'avère une bonne stratégie. 2 activités fournies avec le grimoire ont bien aidé.
Un premier jeu en forme de bocaux (dans le premier chapitre, le tableau périodique des éléments est montré sous forme d'un immense placard de cuisine et la métaphore de la cuisine cosmique est filée tout le long du livre avec, en fin de chapitre, des petites BD hilarantes et instructives du "chef atomique".) permet d'associer le nom des éléments que l'on choisit soi-même à leur symbole.

Il suffit d'imprimer une ou plusieurs planches de bocaux que l'on découpe puis d'inscrire un symbole sur son étiquette. On peut jouer avec de plusieurs manières. J'ai inscrit au dos le nom de l'élément pour permettre l'auto-correction.
Un autre jeu de cartes, le "Six vite" permet de faire connaissance avec 108 éléments: leur nom, leur symbole, leur numéro atomique, l'origine de leur nom et leur utilisation. On peut y jouer avec une règle type "jungle speed" ou les utiliser de manière documentaires pour plusieurs activités du grimoire.

Dans mon jeu, j'ai colorié le nom de certaines cartes avec le code couleur du tableau périodique lors d'une autre activité.

Le grimoire nous fait rentrer dans les entrailles d'un atome et étudie en détail la répartition des électrons, notion fondamentale pour la suite.

Schéma de l'atome et répartition des électrons sur leurs orbitales (cet exercice qui a l'air aride arrive après une phase manipulation très simple qui permet de faire cet exercice très facilement).

Activité récapitulative sur les éléments, leur nom, leur symbole et leur numéro atomique.

On approfondit ensuite la structure des atomes en abordant la notion de valence, toujours avec des termes ultra simples. La démarche calque beaucoup celle des grands récits Montessoriens et ce que Maria Montessori raconte dans De l'enfant à l'adolescent, à savoir une certaine personnification des éléments puisque l'on parle de "règles de vie" des électrons et qu'on fait dire à ces derniers "8, c'est le paradis!". Mais si cet anthropomorphisme peut donner de l'urticaire à certains, je le trouve, moi, très bien vu, car, comme en Montessori, il n'a qu'un seul but: frapper l'imagination. Et, croyez-moi, les notions sont fort bien comprises et assimilées, au point que bien des enfants, ensuite, devancent la leçon sur les sels quand ils observent le tableau périodique ré-écrit avec juste les valences! A nous de vérifier régulièrement que les enfants ne prennent pas la personnification au pied de la lettre.

En partant d'une comparaison un peu anthropomorphique, on arrive tout de même à définir la valence et à écrire les éléments sous forme de diagramme de Lewis, donc, de la vraie chimie "dure".
Pendant toute cette période nous nous sommes familiarisés également avec le tableau périodique des éléments, notamment avec l'histoire de sa  création par Mendeleïev, puis à la lumière de nos nouvelles connaissances sur la valence. Enfin, avant d'aborder les liaisons entre les éléments, l'auteur nous propose une relecture de ce tableau sous la forme d'un conte appelé "le royaume périodique". Il me rappelle assez, dans sa facture, l'histoire du Grand Fleuve qui introduit l'anatomie humaine, l'humour en plus. En lisant l'histoire, nous avons sous les yeux le tableau colorié que nous avons réalisé à la fin du chapitre précédent ainsi qu'un dessin anthropomorphique qui colle avec le conte scientifique.


Cette grande phase préparatoire achevée, le grimoire nous invite à passer en revue chaque famille, ce qui va nous permettre de découvrir les 3 grands liens chimiques: ioniques, covalents et métalliques avant de terminer sur la radio-activité.
C'est cette partie que Pauline attendait avec impatience puisque elle avait bien vu que pour soutenir ces chapitres, nous avions quelques petites expériences et de constructions de molécules en bonbons au programme!
En effet, j'ai terminé le grimoire avec Clémence et un ancien élève de l'école et Pauline - qui n'était pas invitée à nos séances puisqu'elle n'avait pas encore vu les 1ers chapitres - était impatiente d'y arriver à son tour.

Observation de la structure cristalline du sel



Construction d'une molécule de sel en dragibus

De la molécule on passe au cristal



D'autres molécules sont modélisées comme le dioxygène, le dioxyde de carbone...
Lors d'une autre séance, nous avons modélisé les différentes modes de cristallisation du carbone: sous forme hexagonale comme dans le graphite ou sous forme de tétraèdre comme dans le diamant. 


La modélisation d'un cristal de sel en guimauve par Pauline (les Na sont en rose, les Cl en blanc)

Diverses expériences de cristallisation

Bref, comme vous le voyez, à la maison, le grimoire de chimie de Carpe Diem a un succès fou (non, je n'ai pas d'action chez eux, c'est une petite association qui travaille bien et cela fait plaisir de les soutenir ;-)  ). N'ayant pas eue formation sur la chimie, j'ai trouvé ce travail remarquable et complètement dans la démarche montessorienne, c'est pourquoi je l'ai adopté sans réserve. Je trouve que posséder quelques connaissance de chimie est vraiment fondamental pour comprendre le monde et justement éviter de voir des choses "magiques" là où il n'y en a pas. Cet apprentissage continue très logiquement les Grands récits travaillés en 6-9 ans.
La maman du petit garçon qui a continué le grimoire cette année est chimiste. Elle était étonnée de voir qu'à 9 ou 10 ans on pouvait aborder des notions comme la valence alors qu'on ne l'explique que très tardivement dans les études classiques. Pourtant c'est fondamental pour bien comprendre et ce n'est pas difficile en suivant cette méthode.

Et vous savez quoi, quand le grimoire de chimie est terminé, il y en un autre qui nous emmène sur les sentiers de la chimie organique!
Lui aussi est formidable et je viens de le commencer avec les grands, on se régale!
Et pour compléter le grimoire, je vous conseille les 2 excellents beaux livres de Théodore Gray: "Atomes " et "Molécules". (Le premier n'est plus disponible mais on le trouve en bibliothèque.)



Outre les belles photos et les schémas, on trouve un texte très humoristique et plutôt simple même si je vous recommande de passer d'abord par les grimoires de Carpe Diem avant de l'aborder si vos études de chimie n'ont pas été très poussées.

Alors, vous aussi, prêtes pour la chimie avec vos grands?