lundi 3 octobre 2011

Les Grands Récits: la formation de l'Univers
















Les Grands Récits sont un moment important et spécifique de la pédagogie Montessori en 6-9 ans. Maria Montessori explique qu'après 6 ans, l'enfant veut découvrir et comprendre le monde. Il est important de saisir cette aspiration et d'en profiter pour semer des "graines de savoir" dans l'esprit de l'enfant.
Maria Montessori insiste sur le fait qu'à ce moment-là du développement de l'enfant, il est important de donner une vision générale des choses avant d'entrer dans les détails. Le 2ème point très important, c'est que l'éducation, à partir de ce moment, doit s'appuyer sur l'imagination de l'enfant.
Pendant toute la période 3-6 ans, nous n'avons cessé de donner des repères réels à l'enfant. Nous lui avons donné une vision vraie et à sa mesure du monde afin qu'il puisse sortir de la confusion entre réel et imaginaire. Cette connaissance profonde du réel va lui servir de tremplin pour extrapoler ce qu'il connaît et essayer de comprendre des phénomènes qui lui sont étrangers.
Comment comprendre la réalité du froid glaciaire? Avoir une idée de la taille de la terre par rapport au soleil? En s'appuyant sur son expérience sensorielle et en extrapolant, en imaginant. L'imagination, dans la pédagogie Montessori, c'est la possibilité pour l'enfant de sortir de son cadre habituel pour se projeter dans des situations qu'ils n'a jamais vécues. 
Le travail sensoriel des années 3-6 ans constitue un socle important. Mais, évidemment, on va y apporter des impressions très fortes, destinées à frapper l'imagination de l'enfant; ce sont les expériences.
Se contenter de donner lecture du Grand Récit de la formation de l'Univers sans faire les expériences, c'est enlever sa substance à ce récit. Car, si l'enfant de 6 ans est beaucoup plus capable de s'accrocher aux mots de notre récit, il va lui manquer les images fortes apportées par les expériences et qui vont, en quelque sorte, lui permettre de vivre cette aventure.

Le plaisir d'expérimenter pour découvrir est très fort en 6-12 
















Le Grand Récit en lui même n'est rien d'autre qu'une belle histoire. Une belle histoire destinée à éveiller l'intérêt de l'enfant, à répondre à une partie de ses questionnements tout en ouvrant la voie à d'autres études. 
Il existe une version appelée "la Fable du Dieu sans main" de ce Récit. Elle est très détaillée mais fait intervenir Dieu et le sentiment religieux. Mario Montessori a proposé une version beaucoup plus courte et laïque de cette histoire. L'une et l'autre version, datent des années 1950 et s'appuient sur les avancées de la science de l'époque.
Les Grands Récits ne sont pas intangibles. Chacune de ces 2 versions donnent un bon exemple de ce qu'est un Grand Récit, de son objectif. Certains lisent l'un de ces 2 récits ou l'apprennent par coeur. Pour ma part, je pense qu'il est plus juste de préparer sa propre version, en modifiant éventuellement quelques détails en fonction de l'avancée de la science. Et surtout, il faut s'en imprégner pour pouvoir se détacher du texte et raconter tout cela dans une atmosphère un peu envoûtante, comme si on racontait un conte de Mille et Unes Nuits.
Je n'ai pas écrit mon récit: j'ai lu et relu les 2 versions "historiques", je me suis beaucoup inspirée de la version de Miss Barbara que j'ai "mixée" avec la version antérieure.

Reste la question des expériences. La proposition actuelle de l'AMI est de faire les expériences au moment même du récit. Le problème et que cela alourdit beaucoup le récit: il s'allonge, il demande une grande logistique et le nombre d'expérience sera forcément assez limité au risque d'une perte d'attention des enfants.
La proposition que j'ai eue en stage est de faire les expériences avec les enfants puis de faire le récit, quitte à le fractionner. Mais le récit devient un peu aride et il est dommage de le segmenter.
J'ai donc choisi une position d'entre deux: commencer par faire faire une série d'expériences sur la matière et ses états puis donner le Grand Récit en une seule fois en y intégrant quelques expériences.

Les expériences que nous avons faites concernaient principalement la matière:
- donner les notions et les propriétés:

  • - des solides: possibilité de prendre dans la main, dureté en général.
  • - des liquides: pas de forme fixe, l'eau déborde d'un récipient, coule sur le côté ou le bas, jamais vers le haut, possibilité de mettre sa main dedans.
  • - des gaz: mise en évidence du gaz (air) présent dans une bouteille "vide" en la mettant dans une bassine remplie d'eau: le bulles qui s'échappent montrent bien qu'il y avait quelque chose dans la bouteille. Possibilité de sentir un gaz par l'odorat (ouvrir une bouteille d'ammoniac, ou plus agréable, d'huile essentielle) ou par le toucher (souffler sur le dos de sa main). Les gaz n'ont pas de forme

- Montrer comment toute matière peut passer d'un état à l'autre selon la température: sur une lampe à alcool chauffer de la cire puis un glaçon jusqu'à évaporation complète.
- Montrer comment les matières s'ordonnent selon leur poids: dans une bassine avec du sable, poser des objets lourds et légers à la surface, couvrir d'un torchon, secouer bien à plat, observer. Dans une éprouvette, verser de l'huile, de l'eau, puis du miel; observer.
- Montrer que ce qui est chaud est plus léger et s'élève: sur un pique à brochette, poser une spirale en bristol. mettre 1 bougie dessous. Observer.
- Montrer que les particules de matière peuvent s'attirer et former de nouvelles substances ou ne pas se combiner: dans un verre d'eau, verser une cuillère de sel, dans un autre, une cuillère de poudre de craie, mélanger puis attendre: le sel s'est dissout, la craie est seulement en suspension puis retombe, elle ne se mélange pas. Sur une assiette, déposer une goutte d'ammoniac, au fond d'un verre, une goutte d'acide chlorhydrique. Retourner le verre sur l'assiette, observer la combinaison des gaz (bien aérer ensuite!). Faire des expériences de magnétisme: mélanger sable et limaille, récupérer la limaille avec un aimant...
-Montrer le phénomène de l'évaporation et de la condensation, la formation de la pluie: utiliser un réchaud, une casserole et une plaque froide  (un couvercle de boite à gâteaux sur lequel je place des glaçons). Au bout d'un moment, les gouttelettes grossissent avant de retomber en pluie. Chauffer une plaque de fer et jeter des gouttelettes d'eau pour voir l'évaporation rapide.

Il y a aussi des expériences destinées juste à donner une image mentale de la formation des étoiles: des petits bouts de papier déchirés à la surface de l'eau dans un saladier. Le léger mouvement sur l'eau met le papier en mouvement. certains morceaux s'attirent pour former des amas, d'autres se repoussent. Dans une autre expérience, on met des gouttes d'huile d'olive à la surface de l'eau, puis, à l'aide d'une pipette, on verse de l'alcool sur le bord du récipient: les gouttes d'huile se mettent à bouger et celles qui se rencontrent fusionnent.

J'ai présenté ces expériences en plusieurs fois, donnant l'occasion aux enfants de reprendre certaines d'entre elles.

Clémence teste les propriétés de l'eau. G. essaie les mélanges

M. verse les liquides de poids différents

M. A. observe comment les objets se sont répartis dans le sable 

R. teste à son tour l'étagement des liquides de poids différents

S. récupère la limaille de fer  avec un aimant enveloppé dans un tissu.
















Après les séances d'expériences, nous avons choisi une expérience puis nous l'avons dessinée et résumée dans un cahier de TP réservé aux expériences. Au début, il est important de faire les dessins avec les enfants, sinon, ils ne savent généralement pas quoi dessiner.

apprendre à faire un schéma scientifique 
Le cahier d'expériences


Puis, j'ai fait le Grand récit. Pour cela, nous nous sommes installés en cercle sur le sol. J'avais préparé un ballon gonflé et plein de confettis que j'ai fait éclater au moment où j'ai annoncé que soudain, il y eut un point de pure énergie. Les confettis se sont répandus partout sur le sol de notre cercle: voici les particules primordiales! La manipulation a parfaitement rempli son objectif: frapper l'imagination.

Pour donner une image des particules qui se séparent du nuage originel avant de se condenser en étoiles, j'avais une bassine d'eau. J'ai mis la main dedans puis j'ai aspergé un peu d'eau: les gouttelettes qui partent dans toutes les directions donnent l'image de l'expansion des particules avec la création d'îlots de matière (galaxies puis étoiles).

Plus tard, dans le récit, lorsqu'il est question de la vitesse de la lumière, j'avais le globe avec moi pour visualiser le fait que la lumière fait 7 fois le tour du globe en 1 seconde. Les enfants étaient très impressionnés de voir que même autour du minuscule globe, notre main n'était pas assez rapide pour faire 7 tour en 1 seconde.

Lorsque nous avons abordé le rapport de taille entre la terre et le soleil, j'ai utilisé le cube de l'unité et du million du matériel des hiérarchies. Là encore, effet garanti!
Lorsque j'ai parlé des matières qui s'ordonnaient selon leur poids, j'ai repris l'expérience des liquides de poids différents (eau, huile, miel) qui s'ordonnent du plus lourd au moins lourd. Les enfants l'adorent!

Au moment où le récit aborde ce que M. Montessori appelle la "danse des éléments" (les éléments chauds remontent à la surface, se refroidissent puis redescendent au centre où ils se réchauffent avant de remonter), j'ai utilisé une affiche qui fait partie d'une série d'une soixantaine d'affiches destinées à mettre en place un grand nombre de notion de géographie.

la danse des éléments
















Enfin, pour terminer, le récit parle des volcans et j'avais réservé cette expérience pour le grand récit. Dans l'expérience prévue par M. Montessori, il faut un cratère d'argile avec un mélange de bichromate d'ammonium et de souffre. Malheureusement, le bichromate est un produit qui peut présenter quelques dangers et n'est plus en vente libre. J'espère qu'avec le statut d'école, je pourrais en commander chez Jeulin. En attendant, le bon vieux volcan au bicarbonate et vinaigre fait toujours son effet, même auprès des 8 ans!

Il faut du temps pour préparer son Grand Récit, peaufiner les expériences, mais une fois que tout est en place, les enfants sont vraiment captivés et impressionnés par ce récit. Les comparaisons avec des expériences vécus sont très fortes dans l'imagination des enfants. Et pour eux, c'est clair, la formation de l'Univers, c'est fascinant!















14 commentaires:

  1. J'aimerai redevenir une élève...

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  2. C'est passionnant!

    Tout y est, on se croirait presque dans un laboratoire de recherche scientifique!

    Bonne expérimentations à tous!

    Hajar.

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  3. Merci pour tous ces détails:-) Enfin je comprends ce qu'on peut faire avec ces fameux grands récits! C'est vrai que cela donne envie de redevenir élève.

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  4. Ah c'est super de voir comment se passent les grands récits...
    Merci beaucoup pour ton partage !

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  5. Bonjour ,
    Le fait de présenter des expériences dans le même temps que le grand récit ,ne doit pas alourdir mais "marquer les esprits . ":-) Ensuite les enfants ont tout loisir de reprendre ces expériences ,sana adulte sauf les quelques expériences trop ...risquées !! ;-)

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  6. Coucou,
    J'avais laissé un commentaire mais j'ai eu des dératés puis des événements ont retardé un nouveau post. Voilà, Merci beaucoup, j'ai hâte d'en voir d'autres de ce style car c'est une aide précieuse. Quel travail derrière, j'admire! C'est plus bref mais sinon je prendrai toute la place à moi seule, MERCI

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  7. Merci pour ce partage. Je suis en train de préparer la grande leçon pour mes enfants et ton billet va bien m'y aider.

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  8. Actuellement en grande préparation sur Les Grands récits pour la rentrée, votre billet est très intéressant!

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  9. Un très grand merci comme toujours Marie-Hélène ! Je suis actuellement en préparation à mon tour pour le premier grand récit et ton billet m'est très utile :)

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  10. merci pour ce partage, justement je me demandais comment aborder les grands récits avec mes petits.

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  11. 100% d'accord avec le fait que les Grands récits ne sont pas intangibles. Il faut les actualiser. Ce sont des récits VIVANTS, un outil formidable pour susciter (ou même ressusciter parfois !) la curiosité et la soif d'apprendre des enfants. Je suis heureuse de vous annoncer la parution d'une version française et actualisée, dont les données scientifiques ont été validées par un astronome et une paléontologue professionnels. Le livre s'appelle... Les Grands récits, dans la collection Montessori Pas à Pas, ici : http://ecole-vivante.com/montessori-grands-recits.html

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  12. Merci encore une fois pour ce partage.
    J'ai une petite question très terre à terre concernant la fabrication des grandes frises d'histoire : en formation, nous voyons les frises collées sur du carton et protégées par du film plastique. J'aimerais pouvoir faire une fabrication plus légère et moins encombrante, et pourquoi pas conserver les frises en rouleau. Mais je ne sais comment faire pour les plastifier et les protéger pour plus de solidité. Comment avez-vous réalisé les vôtres ? Merci de vos bonnes astuces ;)

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    1. Bonjour Marina,
      Puis-je vous demander où vous faites votre formation? En effet, j'ai toujours entendu parler plutôt de rouleaux pour les frises que de panneaux.
      En ce qui concerne leur confection, J'ai fait des frises en utilisant le rouleau de papier Mala de chez Ikea. Il présente l'avantage d'être peu cher et facilement "trouvable". Mais c'est un papier légèrement jaune et un peu fragile. Néanmoins, une fois plastifié, il tient plutôt bien la route.
      Ces derniers temps, j'ai refais ma frise de l'apparition de la vie en utilisant un rouleau de papier blanc acheté en papèterie spécialisée pour les écoles. Ce papier spécial peinture possède une curieuse face bleue qui sent fort, ce n'était pas exactement ce que je souhaitais, mais cela lui donne de la tenue.
      Une fois la frise terminée, j'utilise un rouleau de plastification "polywrap" de la marque RYCO. Je n'ai aucune action chez eux, mais, depuis que j'utilise ce film, je n'ai plus aucune difficulté à plastifier, même des rouleaux de 3 m de long par 50 cm de large Il suffit de bien positionner le film au début, puis de décoller tout doucement en chassant l'air petit à petit sur toute la surface et le tour et joué. Je coupe le film au raz des bords (surtout ne pas vouloir faire de rabat, ondulation ou plis garantis!). On peut également plastifier le dessous, mais personnellement, je ne l'ai pas fait, ce qui rend le roulage plus facile.
      N'hésitez pas à repasser si vous avez d'autres questions et bon courage pour vos fabrications.

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