samedi 11 février 2017

Clémence: Bilan d'un retour en système classique



La semaine dernière, Clémence devait partir une semaine en classe de neige. Manque de chance, 3 jours avant le départ, elle est tombée dans les escaliers de son collège: bilan: 3 semaines d'attelle et pas de possibilité d'accompagner sa classe à la montagne!
Elle a donc passé la majeure partie du temps à la maison et a partagé un peu de notre vie sans école avec Pauline, rédigeant son dossier EPI sur la santé et la sécurité en montagne. Pendant un moment, nous avons retrouvé un peu de l'ambiance d'avant l'ouverture de l'école, même si les filles sont maintenant beaucoup plus grandes et que nous n'avons plus de salle Montessori dédiée.

En prenant cette photo, je me suis dit que c'était enfin l'occasion de vous parler de Clémence et de vous donner de ses nouvelles depuis son entrée en collège.

Vous vous rappelez sans doute que Clémence nous avait demandé à entrer en 6ème avant même que nous sachions que l'école allait fermer. Nous espérions fort pouvoir l'inscrire au collège Saint-Charles d'Angers qui est le collège d'application des travaux de Pascale Toscani sur l'utilisation des neurosciences en milieu scolaire. Un projet et un état d'esprit très intéressants, même si, au quotidien, tous les adultes ne sont pas toujours au diapason du projet.
Malheureusement, ce collège (qui ne fait pas de sélection et prend les inscriptions par ordre d'arrivée) devient de plus en plus demandé et notre inscription fut trop tardive. Impossible donc d'y avoir une place...
Nous avons donc choisi un collège privé proche de notre habitation de l'époque dont le projet paraissait plutôt ouvert et bienveillant. Il proposait entre autre une option sciences dont l'objectif était le seul plaisir de la découverte, sans note ni devoir supplémentaire à la maison.

Pour nous c'était un moment important, après 8 années d'enseignement Montessori avec moi, comment Clémence allait-elle s'intégrer dans le système classique, avec d'autres enseignants que moi?
Même si j'ai toujours répondu avec conviction aux personnes qui me posaient la sempiternelle question: "Et après? Que deviennent les enfants qui ont fait Montessori quand ils passent au collège?", même si j'avais l'intime conviction que Clémence était prête quant aux acquis scolaires et que je la pensais tout à fait prête à s'intégrer dans un groupe plus classique, je ne peux nier que je suis passée par des moments de stress pendant les grandes vacances.
Et si je m'étais trompée sur son niveau? (nous avions pris la décision de la faire entrer avec un an d'avance, pas question de se planter là-dessus...) Et si ça se passait mal avec les professeurs? Et si la charge de travail était trop lourde?... Bref, vous voyez le tableau du parent qui stresse!

Dernières grandes vacances le collège!

Heureusement, comme je l'espérais, la rentrée s'est bien passée et Clémence s'est montrée tout à fait au niveau. Quant au collège, j'ai trouvé l'équipe enseignante vraiment bienveillante et à l'écoute. Elle a eu la malchance de tomber dans une classe avec un groupe de garçons vraiment pas finauds et très chahuteurs. Quant aux filles de sa classe, elle n' a pas réussi à vraiment accrocher avec aucune d'entre elles mais elle est s'est fait d'excellents amies (et amis) dans une autre classe.
Quand vers le milieu du premier trimestre, Clémence a commencé à se sentir trop mal d'être appelée sans cesse "la petite" (eh oui, un an d'avance et une taille plutôt petite pour son âge, ça tranchait sévèrement avec les grands gaillards de sa classe... ), d'être bousculée dans les couloirs et traitée régulièrement "d'intello" en raison de ses excellents résultats scolaires par la fine équipe des garçons de sa classe, l'équipe pédagogique a vraiment très bien réagi. Nous nous sommes sentis compris et soutenus et alors qu'en novembre Clémence se réjouissait de nos projets de départ, en juin, ce fut difficile pour elle de quitter ce collège où elle s'était sentie finalement très bien et où elle a laissé de nombreuses amies.
Pour autant, durant cette année de 6ème, j'ai trouvé que l'enseignement était parfois un peu léger. Clémence s'est parfois ennuyé en cours, notamment en mathématiques où, de toute l'année, elle n'a pratiquement vu aucune notion nouvelle. La techno qui l'avait emballée en début d'année a fini par la lasser avec son côté très répétitif et finalement peu créatif. En SVT, elle rentrait régulièrement atterrée par le manque de connaissances concrètes de la nature de ses camarades. Effectivement, quand on pense à tout ce que nous abordons en Montessori en sciences et quand on voit le peu d'ambition du programme de 6ème, on a juste un sentiment de gâchis. Heureusement, le cours de français, très axé sur l'étude de la littérature l'a emballée.

Départ en voyage scolaire


Bref, pour cette première année dans le système classique, malgré le bémol de manque de consistance de certains cours, nous avons plutôt été satisfaits et on peut dire que Clémence s'est parfaitement adaptée à son nouvel environnement, nouant des relations facilement à la fois avec des élèves de son âge, des enfants plus âgées, mais aussi avec ses professeurs qui l'appréciaient beaucoup. Elle a notamment été remarquée pour sa capacité à aider d'autres enfants de sa classe en anglais en leur ré-expliquant les leçons et en fabriquant elle-même des supports de révision très appréciés. Un bilan qui est tout à fait dans la lignée de ce que constatent les études anglo-saxonnes sur le devenir des élèves montessoriens qui rejoignent le cursus classique après le primaire.



Soleil couchant sur la Croix-Rousse à Lyon en septembre dernier


Pour notre arrivée à Lyon, nous avons fait le choix d'inscrire Clémence dans un établissement qui fait partie du même réseau, espérant y trouver la même ouverture d'esprit. Mes frères avaient fréquenté cet établissement il y a 40 ans et la discipline y était sévère, mais nous avions eu des échos très positifs de l'ambiance actuelle. La directrice rencontrée lors de l'inscription avait été très aimable et semblait tenir Montessori en haute estime.
Lors de la rentrée, Clémence a été très soulagée de se trouver dans une classe très calme dans laquelle  elle s'est immédiatement fait des amis et où les enfants ont à cœur de travailler et ne traitent pas "d'intellos" les élèves qui ont de bonnes notes. Elle était également heureuse de ne plus être la première de la classe.

Malheureusement, après quelques semaines, nous avons vite vu les limites de cet établissement que nous découvrons hyper élitiste. Même s'il n'y a pas de volonté de rabaisser l'élève et que les adultes souhaitent qu'ils réussissent, contrairement à bien d'autres parents, ce n'est pas le mot "bienveillance" qui me vient à la bouche quand je tire le bilan.
Disons que les adultes souhaitent la réussite pour leurs élèves, mais c'est à eux (et à leurs parents) de faire le boulot). Donc énormément de travail à la maison, des évaluations dont les contours ne sont pas toujours bien définis (dans son précédent collège, Clémence savait toujours ce qu'on attendait d'elle pour les évaluations, là, c'est flou et même quand le contenue est donné, on constate parfois de gros écarts avec le contenu de l'évaluation) et surtout des professeurs qui pensent sans cesse en terme d'avance ou de retard sur le programme et qui parfois continuent bille en tête même quand l'ensemble de la classe à raté un devoir sur une notion...

Pour mieux connaître la vie de cette établissement, je me suis investie dans l'association de parents d'élèves et je vais parfois de surprise en surprise. Par exemple l'association départementale a organisé un très chouette colloque sur les intelligences multiples. De quoi espérer pour l'avenir!
A l'issue de celui-ci, les parents de l'association, plutôt convaincus, discutent pour savoir comment cela pourrait se traduire concrètement au sein de l'établissement. Intervention du directeur: "C'est bien beau, tout cela, mais nous avons des programmes à tenir, des diplômes ou des concours à faire préparer aux élèves et de toute façon nous avons des instructions des inspecteurs sur comment faire le programme. Si on veut du résultat, il n'y a pas de mystère..." OK. Douche froide. Les autres parents de hocher la tête en silence. Et moi de demander ce que je faisais là....

Quelques semaine plus tard, je discute avec une autre maman pour connaître son point de vue à propos de la professeure de latin qui indique aux enfants que ceux qui auront moins de 15 sur 20 à l'interrogation seront collés. Cette nouvelle m'a choquée, indignée. Pour moi, une colle est un punition très humiliante. Je peux encore supporter que ce genre de sanction soit utilisée pour un comportement inacceptable ou pour du travail non fait, non rendu en temps et en heure. Mais pour un résultat insuffisant, moyen ou même plutôt bon! (rappelons qu'avec 12 on obtient une mention assez-bien et avec 14, une mention bien... ), c'est une exigence d'excellence qui ne devrait regarder que l'enfant et sa famille. Mais la maman interrogée trouve ça "très chouette"! No comment... Encore une fois, j'ai l'impression de ne pas être au bon endroit.

Pour Clémence, cette ambiance élitiste est souvent pesante. Elle continue à bien réussir, mais nous avons besoin de la soutenir et de l'aider à garder confiance en elle. Pour l'instant, elle supporte l'épreuve avec courage et sans en être trop affectée, mais cela implique que nous soyons particulièrement vigilants et très disposés à l'écouter, à accepter et  comprendre ses ressentis. Heureusement, elle arrive de plus en plus à prendre du recul et à observer son milieu, un peu comme une anthropologue ou une entomologiste! Nous avons décidé de ne pas la changer de collège pour l'an prochain puisqu'elle tient le choc pour l'instant et que nous avons l'impression que d'être capable de réussir dans ce milieu en gardant sa liberté d'esprit lui procure une certaine fierté et conforte sa confiance en elle.

En l'observant grandir dans ce milieu, je me dis que si elle avait eu à vivre cela à 6 ans (ou à 3), cela lui aurait très préjudiciable. Mais à presque 12 ans, elle plus de force intérieure pour traverser cela.
Je pense à des discussions avec des personnes rencontrées aux diverses portes-ouvertes de l'école. Se posait régulièrement la question du "milieu protégé" que représente Montessori avec cette double conclusion selon les affinités: "pourquoi les surprotéger?" ou "Mais comment les remettre en milieu classique ensuite?"
Je répondais que les enfants sont un peu comme des plants de tomate. Si vous plantez vos jeunes plants en pleine terre alors qu'ils sont très petits, ils mourront au moindre refroidissement. Si vous attendez qu'ils soient plus vigoureux, alors ils continueront à grandir même s'il y a un coup de froid.
Nous n'aidons pas les enfants en les mettant en milieu hostile petits (ils peuvent certes se "blinder" mais au prix de quels renoncements?) mais si nous leur avons permis de se développer et de fortifier leur personnalité, ils peuvent supporter un environnement plus difficile, à condition d'être soutenus.



Nous continuons donc ainsi tout en étant vigilants. Un plant tomate, même vigoureux, ça finit quand même par geler si le coup de froid est trop important ou trop long. Nul doute qu'après le collège nous lui trouverons un lycée moins élitiste, si elle tient le coup jusqu'à la fin de la 3ème.

Quant à sa sœur, refroidie par l'expérience avec Clémence, j'avais vraiment des doutes pour l'inscrire au même endroit, même si l'année de 6ème reste plus facile que ce que vit Clémence.
Nous avons eu la grande chance (grâce à l'une des assistantes sociales venue pour le contrôle social en janvier) d'apprendre qu'il existait un collège bien plus bienveillant et pratiquant des horaires particuliers (fin des cours à 14h40 pour tous) qui permettent aux sportifs de concilier les études avec leur passion (tandis que les non-sportifs se voient proposer tout un tas d'ateliers très intéressants entre 14h40 et 16h40). Nous avons contacté une des écoles de danse qui propose des cursus sport-études avec ce collège qui a accepté Pauline dans le dispositif tandis que le collège a bien voulu prendre Pauline malgré l'absence de bulletins de notes et le cursus d'école à la maison.
L'adjointe rencontrée m'a tenu un discours très sensé sur les pédagogies alternatives et sur Montessori dont elle connaît effectivement très bien les principaux acteurs sur le secteur. Le collège propose un projet bâti autour d'une "pédagogie de la confiance", de l'autonomie, de la réalisation de soi, de la prise en compte des spécificités (ils proposent entre autres des parcours pour les dys- et le collège en 3 ans pour les précoces) et de l'entraide qui me parle énormément. Reste plus maintenant qu'à espérer que le projet affiché se traduise bien en actes!

2 commentaires:

  1. Merci Marie-Hélène pour ce bilan. Souvent on s'interroge sur comment cela pourrait se passer pour des enfants IEF/ montessori qui iraient au collège. Les témoignages de ce genre sont trop rares alors merci!

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  2. Merci beaucoup pour ce long retour sur le parcours de vos filles ! moi qui ai eu des grands qui sont passés par le parcours classique de l'école traditionnelle, j'en ai vu les travers... ils sont tous étudiants ou le dernier "des grands" en terminale . Mais, j'avais en effet, cette même inquiétude pour les 2 puces actuellement en IEF depuis qu'elles sont petites...Je ne suis , malheureusement, pas surprise par cette "soi-disant" bienveillance ; c'est d'ailleurs peut-être pour cela que je n'aime pas ce mot ! je lui préfère celui de respect, car, finalement, si toutes les relations dans une école étaient déjà pourvues de respect les uns envers les autres (adultes/enfants, peu importe), ce serait un grand pas en avant... le reste viendrait naturellement... à très bientôt, je reprends contact, cette fois-ci la petite dort enfin les nuits ;)

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