vendredi 10 juin 2016

Pyramide alimentaire

Il y a quelques temps, Pauline m'a demandé à ressortir un matériel que j'avais fabriqué il y a longtemps pour la classe. Il s'agit d'une pyramide alimentaire.
L'idée de fabriquer ce matériel m'était venue à l'époque en écoutant parler les enfants entre eux de ce qu'ils mangeaient. Des réflexions de quelques filles à propos d'aliments "à ne pas manger" ou "qui font grossir" m'avaient convaincue que les choses étaient très embrouillées dans leur tête et qu'il fallait clarifier cela.
En complément de leur travail sur le système digestif, j'avais donc préparé un matériel sur la fameuse pyramide alimentaire.
L'idée de base était de ne diaboliser aucun aliment mais d'insister sur le rôle que joue chacun d'eux et sur l'idée de proportion à respecter entre groupes d'aliments.





Lors de la présentation, comme pour un grand récit, j'ai sorti l'affiche renseignée. En 6-12, le point commun des "leçons", c'est de partir d'une question, d'une interrogation qui puisse intriguer les enfants. Par exemple: "Nous avons vu que notre corps avait besoin que nous avalions des aliments pour que le système digestif puisse extraire les minuscules éléments nécessaires à la vie de nos cellules, les nutriments. Mais, à votre avis, est-ce qu'on trouve toutes les sortes de nutriments nécessaires dans n'importe quel aliment?"
Les enfants expriment un peu leur avis, des connaissances et des croyances émergent. Nous pouvons donc utiliser l'affiche pour trouver la réponse à notre question. Je fais observer chaque étage de la pyramide aux enfants. Les grands types d'aliments sont nommés ainsi que leur importance pour notre santé.
Par exemple, pour l'eau: " Notre corps est composé à 70% d'eau. L'eau n'est pas un aliment mais elle est absolument indispensable à notre vie et permet à nos cellules d'utiliser l'énergie des nutriments. Nous perdons régulièrement de l'eau par la transpiration et l'urine. Il faut donc chaque jour apporter de l'eau à notre corps pour l'hydrater, c'est à dire, maintenir le bon niveau d'eau dans nos cellules."

La pyramide proposée inclut les protéines animales, mais lors de la présentation, on indique que certaines personnes choisissent de ne pas en consommer et on explique brièvement comment certaines catégories d'aliments (les légumineuses, essentiellement) peuvent compenser.
Quand tous les étages ont été vus, on regarde la forme triangulaire de la pyramide pour en comprendre le sens.



Patrons de volumes



En fin d'année dernière, à l'école, nous avions commencé à voir avec les enfants de l'âge de Pauline comment développer un patron à l'aide des volumes bleus. Je n'en ai hélas pas pris de photos à l'époque mais la technique est simple: sur une feuille A3, on pose un volume (le parallélépipède, pour commencer) et on trace le contour de la première face. Puis on fait pivoter le volume pour tracer une deuxième face et ainsi de suite...
Quand on a tracé les 4 rectangles, on observe avec les enfants comment sont placées les 2 faces carrées et comment les dessiner de part et d'autre d'une face rectangulaire.
Pour placer les languettes, le mieux est d'avoir dessiné soi-même un patron, de le découper et de faire réfléchir les enfants pour savoir à quel endroit ils vont devoir les placer.
Avant de faire cette activité, nous avons vu avec l'enfant le vocabulaire du volume: face, arête, sommet.
En fabriquant puis en montant les patrons, l'enfant prend mieux conscience que les faces sont des figures géométriques planes et les arrêtes les segments qui délimitent les côtés de ces figures.
Après la réalisation guidée du parallélépipède, on incite les enfants à se fabriquer d'autres volumes. Ils devront donc réfléchir, volume en main, à la manière dont ils vont raccrocher chacune des faces les unes aux autres pour que le patron puisse devenir un volume  ainsi qu'à la place des languettes.
Un travail motivant pour les enfants et qui avait rencontré beaucoup de succès.

Cette année, dans son fichier de maths, Pauline avait une série d'exercices sur les volumes et leurs patrons. Elle les a beaucoup aimés et elle s'est rappelé de l'activité faite en classe. Du coup, elle avait envie de construire d'autres volumes.
J'ai donc utilisé les exercices d'un fichier des excellentes éditions Buissonnière: géométrie au cycle 3.
J'ai imprimé les patrons sur papier fort et elle s'en est donné à cœur joie de monter les nombreux volumes proposés.

Après l'étape du découpage, pour plier correctement, il faut préalablement marquer les plis avec un objet dur et pointu. ici, nous utilisons l'objet spécialement prévu pour cela: le plioir. Cette étape demande de la précision dans le "tracé".

Petit à petit, le patron devient volume

L'étape du collage requiert parfois une grande précision. Une colle en gel comme la scotch net est la colle la plus adaptée pour réaliser ce genre de travaux ainsi que les maquettes.

Il lui reste encore quelques volumes à monter (dont le fameux ballon de foot qu'il faut que nous fassions imprimer sur du A3 dans une boutique de reproduction) mais la collection de volumes commence à bien s'étoffer...

lundi 30 mai 2016

Mise à jour sur le blog 3-6 ans

Je viens de commencer à publier le 1er billet de synthèse sur la vie pratique en 3-6 ans sur le vieux blog Journal Montessori. N'hésitez pas à le consulter et à laisser vos commentaires et/ou vos questions si cela vous intéresse.

jeudi 5 mai 2016

Menaces sur l'IEF

Eh, oui, 2 articles le même jour!
D'habitude, je ne suis pas assez réactive pour relayer l'info, mais je viens de tomber sur cet article de Lise Isa nous informant au'n groupe de députés essaye encore une fois de faire passer une loi destinée à rendre impossible l'IEF par choix personnel. Cette fois-ci, c'est l'argument du terrorisme qui est utilisé...
Je vous renvoie à son article auquel j'adhère totalement et dans lequel vous pourrez trouver les liens vers 2 pétitions pour lutter contre ce ixième projet de loi contre la liberté d'éducation.
Espérons qu'il en sera de même que pour toutes les autres tentatives. Il serait bon que les politiques mettent leur énergie ailleurs que sur l'IEF pour résoudre le problème du terrorisme et plutôt se demander si ce ne serait pas justement "l'école de la République" qui n'aurait pas accouché de ce monstre du terrorisme en se gavant de belles paroles sans voir la réalité du terrain.

Chimie

La chimie est un domaine que l'on aborde tard dans les études en France. Quelques vagues rudiments au collège et un peu plus au lycée.
Pourtant la chimie est une clef qui explique bien des phénomènes et qui peut être expliquée assez simplement aux enfants dès 8 ou 9 ans. Dans "De l'Enfant à l'Adolescent", Maria Montessori se livre a une brillante démonstration d'enseignement des bases de la chimie aux enfants de 9-12 ans en proposant une histoire de la terre à travers la thématique de l'eau.

Depuis des années, je suis attentivement les parutions de l'association Carpe Diem qui propose des lapbooks et autres ressources éducatives innovantes. J'en ai utilisé plusieurs avec les enfants et notamment l'excellent grimoire de chimie. Je commençais la chimie avec les enfants vers 8 ans en me basant simplement sur la lecture commentée de cet excellent outil et sur les activités proposées. Les enfants en raffolaient!

Le "grimoire" se lit comme un roman passionnant. Le ton employé est léger, drôle et les notions étudiées deviennent lumineuses et simples avec des exercices pour bien se les approprier. Depuis cette année, il y également la possibilité d'activités supplémentaires sous forme de lapbook.
Du coup, quand j'ai commencé le cursus pour Pauline cette année, nous avons pu bénéficier à la fois des activités du grimoire, ce celles du livret d'activités complémentaires et de celles du lapbook. Un cursus très complet!
Pauline a maintenant son cahier de chimie où nous collons les fiches d'exercices du grimoire ainsi que  les réalisations du fichier lapbook.

Travail sur la notion d'élément puis de molécules. Pour comprendre les formules des molécules, la comparaison avec la recette fonctionne à merveille. Sur la page de gauche, on s'amuse à faire des petits calculs simples de proportionnalité pour fabriquer des quantités variables de tel ou tel minéral.

Pour être à l'aise, mémoriser un certain nombre de nom d'éléments avec leur symbole s'avère une bonne stratégie. 2 activités fournies avec le grimoire ont bien aidé.
Un premier jeu en forme de bocaux (dans le premier chapitre, le tableau périodique des éléments est montré sous forme d'un immense placard de cuisine et la métaphore de la cuisine cosmique est filée tout le long du livre avec, en fin de chapitre, des petites BD hilarantes et instructives du "chef atomique".) permet d'associer le nom des éléments que l'on choisit soi-même à leur symbole.

Il suffit d'imprimer une ou plusieurs planches de bocaux que l'on découpe puis d'inscrire un symbole sur son étiquette. On peut jouer avec de plusieurs manières. J'ai inscrit au dos le nom de l'élément pour permettre l'auto-correction.
Un autre jeu de cartes, le "Six vite" permet de faire connaissance avec 108 éléments: leur nom, leur symbole, leur numéro atomique, l'origine de leur nom et leur utilisation. On peut y jouer avec une règle type "jungle speed" ou les utiliser de manière documentaires pour plusieurs activités du grimoire.

Dans mon jeu, j'ai colorié le nom de certaines cartes avec le code couleur du tableau périodique lors d'une autre activité.

Le grimoire nous fait rentrer dans les entrailles d'un atome et étudie en détail la répartition des électrons, notion fondamentale pour la suite.

Schéma de l'atome et répartition des électrons sur leurs orbitales (cet exercice qui a l'air aride arrive après une phase manipulation très simple qui permet de faire cet exercice très facilement).

Activité récapitulative sur les éléments, leur nom, leur symbole et leur numéro atomique.

On approfondit ensuite la structure des atomes en abordant la notion de valence, toujours avec des termes ultra simples. La démarche calque beaucoup celle des grands récits Montessoriens et ce que Maria Montessori raconte dans De l'enfant à l'adolescent, à savoir une certaine personnification des éléments puisque l'on parle de "règles de vie" des électrons et qu'on fait dire à ces derniers "8, c'est le paradis!". Mais si cet anthropomorphisme peut donner de l'urticaire à certains, je le trouve, moi, très bien vu, car, comme en Montessori, il n'a qu'un seul but: frapper l'imagination. Et, croyez-moi, les notions sont fort bien comprises et assimilées, au point que bien des enfants, ensuite, devancent la leçon sur les sels quand ils observent le tableau périodique ré-écrit avec juste les valences! A nous de vérifier régulièrement que les enfants ne prennent pas la personnification au pied de la lettre.

En partant d'une comparaison un peu anthropomorphique, on arrive tout de même à définir la valence et à écrire les éléments sous forme de diagramme de Lewis, donc, de la vraie chimie "dure".
Pendant toute cette période nous nous sommes familiarisés également avec le tableau périodique des éléments, notamment avec l'histoire de sa  création par Mendeleïev, puis à la lumière de nos nouvelles connaissances sur la valence. Enfin, avant d'aborder les liaisons entre les éléments, l'auteur nous propose une relecture de ce tableau sous la forme d'un conte appelé "le royaume périodique". Il me rappelle assez, dans sa facture, l'histoire du Grand Fleuve qui introduit l'anatomie humaine, l'humour en plus. En lisant l'histoire, nous avons sous les yeux le tableau colorié que nous avons réalisé à la fin du chapitre précédent ainsi qu'un dessin anthropomorphique qui colle avec le conte scientifique.


Cette grande phase préparatoire achevée, le grimoire nous invite à passer en revue chaque famille, ce qui va nous permettre de découvrir les 3 grands liens chimiques: ioniques, covalents et métalliques avant de terminer sur la radio-activité.
C'est cette partie que Pauline attendait avec impatience puisque elle avait bien vu que pour soutenir ces chapitres, nous avions quelques petites expériences et de constructions de molécules en bonbons au programme!
En effet, j'ai terminé le grimoire avec Clémence et un ancien élève de l'école et Pauline - qui n'était pas invitée à nos séances puisqu'elle n'avait pas encore vu les 1ers chapitres - était impatiente d'y arriver à son tour.

Observation de la structure cristalline du sel



Construction d'une molécule de sel en dragibus

De la molécule on passe au cristal



D'autres molécules sont modélisées comme le dioxygène, le dioxyde de carbone...
Lors d'une autre séance, nous avons modélisé les différentes modes de cristallisation du carbone: sous forme hexagonale comme dans le graphite ou sous forme de tétraèdre comme dans le diamant. 


La modélisation d'un cristal de sel en guimauve par Pauline (les Na sont en rose, les Cl en blanc)

Diverses expériences de cristallisation

Bref, comme vous le voyez, à la maison, le grimoire de chimie de Carpe Diem a un succès fou (non, je n'ai pas d'action chez eux, c'est une petite association qui travaille bien et cela fait plaisir de les soutenir ;-)  ). N'ayant pas eue formation sur la chimie, j'ai trouvé ce travail remarquable et complètement dans la démarche montessorienne, c'est pourquoi je l'ai adopté sans réserve. Je trouve que posséder quelques connaissance de chimie est vraiment fondamental pour comprendre le monde et justement éviter de voir des choses "magiques" là où il n'y en a pas. Cet apprentissage continue très logiquement les Grands récits travaillés en 6-9 ans.
La maman du petit garçon qui a continué le grimoire cette année est chimiste. Elle était étonnée de voir qu'à 9 ou 10 ans on pouvait aborder des notions comme la valence alors qu'on ne l'explique que très tardivement dans les études classiques. Pourtant c'est fondamental pour bien comprendre et ce n'est pas difficile en suivant cette méthode.

Et vous savez quoi, quand le grimoire de chimie est terminé, il y en un autre qui nous emmène sur les sentiers de la chimie organique!
Lui aussi est formidable et je viens de le commencer avec les grands, on se régale!
Et pour compléter le grimoire, je vous conseille les 2 excellents beaux livres de Théodore Gray: "Atomes " et "Molécules". (Le premier n'est plus disponible mais on le trouve en bibliothèque.)



Outre les belles photos et les schémas, on trouve un texte très humoristique et plutôt simple même si je vous recommande de passer d'abord par les grimoires de Carpe Diem avant de l'aborder si vos études de chimie n'ont pas été très poussées.

Alors, vous aussi, prêtes pour la chimie avec vos grands?





dimanche 1 mai 2016

Changement de vie en perspective

Lyon - photo trouvée sur ce site 

J'ai beaucoup de mal à avoir la régularité que je souhaiterais sur ce blog. Mais il faut dire qu'en ce moment je suis pas mal occupée par ailleurs.

Il y a plusieurs mois, nous avons pris la décision de quitter Angers où nous n'avons pas d'attaches familiales et de revenir sur Lyon dont je suis originaire. Mon mari a également postulé pour 2 postes à l'étranger qui tardent à être attribués et auxquels nous finissons par ne plus trop croire, donc nous nous préparons à nous installer à Lyon pour la rentrée prochaine.
Dans cette optique, je prépare les différentes démarches (recherche de collège pour Clémence, recherche d'appartement...) et surtout la vente de notre maison. J'en profite pour désencombrer (c'est fou ce qu'on amasse dans une grande maison!), rationaliser, ranger, réparer les petits riens que l'on néglige mais que le futur acheteur ne manquera pas de voir, nettoyer... C'est intéressant mais très chronophage.
Bref, j'ai un peu de mal à en voir le bout!

Par ailleurs, en plus de l'IEF avec Pauline, je me remets à faire quelques interventions sur la pédagogie Montessori auprès d'enseignants dans une école près de chez moi, auprès d'étudiants en sciences de l'éducation... Ça fait du bien de voir que les enseignants et futurs enseignants sont de plus en plus nombreux à vouloir que les choses changent!
Le bureau de l'ancienne association de l'école - qui a changé de nom - m'a d'ailleurs contactée pour animer une nouvelle série de conférences-ateliers. Je vais donc proposer 3 samedis de présentation de matériel le matin et manipulation encadrée l'après-midi pour le 3-6 ans. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire le détail de ces journées sur le site de la Ruche Pédagogique.

Je me réjouis de pouvoir de nouveau transmettre la pédagogie de vive voix comme j'aimais le faire quand l'école fonctionnait et que j'animais des conférences. D'ailleurs je réfléchis de plus en plus à proposer un centre de ressources pédagogiques sur la région lyonnaise. Il y a déjà 2 école Montessori dans la ville mais la demande est forte et je suis sure que des collègues de l'enseignement traditionnel ou des parents ont envie de se frotter à cette pédagogie. Quand je suis allée au futur nouveau collège de Clémence, la directrice s'est écriée en apprenant que j'étais éducatrice Montessori: "Quelle pédagogie formidable! On se demande pourquoi on ne l'applique pas plus!"

Tout cela pour vous dire que j'ai au moins une dizaine d'articles en préparation dans ma tête pour ce blog et un grand article de fond sur la vie pratique en cours d'écriture sur l'autre mais que ça n'avance pas beaucoup! Et avec le soleil qui daigne enfin pointer le bout de son nez et nous réchauffer un tout petit peu (pas trop quand même!), nous avons aussi des envies (des besoins) de sortir nous promener, jardiner un peu...

Mais pourquoi les journées n'ont-elles que 24h??? A très bientôt je l'espère pour un petit article sur la chimie ;-)

dimanche 10 avril 2016

Temps de l'adulte/temps de l'enfant II: le serpent du programme scolaire

Comme promis, voici la suite (mais pas encore la fin) de ma réflexion sur le temps de l'adulte et le temps de l'enfant.

Lorsqu'on cherche à définir ce qu'est la pédagogie Montessori, l'un des points qui revient évidemment, c'est le fait que l'éducateur s'adapte au rythme de l'enfant.
Quand l'enfant se développe à son rythme et que ce rythme a plutôt tendance à suivre celui de l'école traditionnelle, voire à le devancer, tout va bien. Et, de fait, avec la pédagogie Montessori, on se retrouve bien souvent avec des enfants qui lisent à 4 ans et demi, multiplient et divisent l'année du CP voire extraient des racines carrées ou cubiques vers 10 ans...

Mais quand arrive un enfant un peu différent qui ne se développe pas de la même manière que ses camarades, qui prend plus de temps que les autres pour avancer, et qui ne fait pas encore certaines activités dans l'année prévue pour cela par le programme de l'Education Nationale, comment, nous, adultes nous positionnons-nous?
Comment allons-nous régler le temps: sur celui, personnel, individuel de l'enfant? Ou sur celui de la société et du fameux Programme Scolaire qui s'attend à ce qu'à tel âge l'enfant soit capable de telle chose?

Donner du temps à l'enfant me semble de plus en plus la meilleure des choses à faire, et ce, à tous les âges. Je me souviens de ces 2 enfants de 3 ans, qui, en début d'année scolaire ne participaient jamais aux temps de ligne avec les autres. L'idée de venir s'asseoir avec les autres et de chanter avec eux leur semblait quelque chose d'inconcevable. Dans l'équipe ce fut une évidence que nous n'allions pas forcer ces enfants à venir sur la ligne. Nous les avons laissé observer de loin, apprivoiser ce rassemblement d'enfants. Au bout de quelques semaines, l'une s'est rapprochée de plus en plus jusqu'à venir s'asseoir spontanément sur le cercle. Quant à l'autre, en l'observant, nous avons vu qu'il était prêt mais n'osait pas. L'assistante est donc venue le chercher gentiment et il l'a suivie.

Dans ce cas précis, la décision de laisser tout son temps à l'enfant était facile à prendre. C'étaient des enfants très jeunes et cela ne concernait pas un domaine que l'imaginaire collectif associe au "programme" (même si effectivement, savoir prendre sa place dans le groupe fait partie du programme de petite section!). Mais il en va autrement dès qu'on touche au domaine du lire-écrire-compter! Pourtant, dans ces domaines aussi il nous faut faire preuve d'humilité.

Quand je travaillais à l'école il était parfois difficile de ne pas penser au programme scolaire. D'autant que nous avions fait le choix, en ouvrant l'école, de faire en sorte qu'un enfant amené à quitter l'école puisse réintégrer le système classique sans difficulté. Cela nous paraissait comme une évidence, à l'époque et cela rassurait énormément les parents. Pourtant, avec le recul de l'expérience tant de l'école que de l'instruction en famille, je me rends compte que c'est un piège.
En effet, comment respecter vraiment le principe de la pédagogie Montessori, comment respecter le rythme de tous les enfants, si le programme scolaire devient un objectif année par année? Cet objectif annoncé et qui, de fait, était tenu pour la majorité des enfants, a pu devenir un niveau d'exigence pour les parents et une source de tension autour d'enfants qui, justement, avaient le plus besoin qu'on leur donne le temps sans pression.

Nous avons accueilli à l'école des enfants avec des handicaps lourds: trisomie, retards importants de développement cognitif accompagnés de dysphasie... Pour ces enfants-là, nous n'avions paradoxalement pas de difficulté: les parents ne s'attendaient évidemment pas à ce que nous fassions suivre le programme à leurs enfants et nous nous réjouissions tous ensemble de chaque progrès. Effectivement, pas de pression avec ces enfants-là. Mais comment se positionner avec un enfant non handicapé qui n'avance pas au même rythme que les enfants de son âge?

Donna Bryant Goertz  raconte, toujours dans le même ouvrage (voir la partie I) , comment, toute jeune éducatrice elle doit progressivement revenir sur l'illusion qu'elle s'était faite en tant qu'étudiante. Elle imaginait en effet que, dans une classe Montessori, tous les enfants apprendraient plutôt rapidement et sans difficulté. Or, elle remarque au bout de quelque temps que "certains enfants semblent exiger beaucoup plus de temps que d'autres pour atteindre une intégration neurologique, sociale et intellectuelle."
Elle explique qu'au départ, avec son équipe, elle réagissait "à ces phénomènes avec un sentiment d'échec. (...) Ces situations suscitaient de l'anxiété." Mais grâce au soutien d'éducateurs expérimentés auxquels elle a alors fait appel, elle n'a pas baissé les bras et a continué d'appliquer la méthode avec confiance.
"Notre plus grand défi a été de vaincre notre peur et de redéfinir l'échec. Très tôt, nous avons pris l'engagement de préserver l'idéal Montessori dans la classe, et de donner plus de temps aux enfants qui en avaient besoin." Elle explique alors aux parents que, dans l'école, la majorité des enfants apprendront à lire entre 4 et 6 ans mais que certains le feront à 7, à 8 ou à 9 ans et que cela serait "considéré un éventail normal pour le développement des aptitudes de lecture." Et elle ajoute: "Le défi à relever par les éducateurs et les parents de nos élèves consistait à réviser nos idées préconçues sur les aptitudes que les enfants développent à des âges spécifiques et à élargir certains de nos principes - non pas de les changer mais de les élargir - pour nous permettre d'inclure les enfants dont le développement prend quelques années supplémentaires. Nous voulions inclure ces enfants sans les étiqueter et sans prescrire de médicaments."

J'aime beaucoup ce passage. On y trouve plusieurs idées fondamentales.
D'abord, comme elle le note très justement, sa première idée l'avait mise dans une position d'attente vis à vis du résultat des enfants. Quand le résultat n'a pas été au rendez-vous, cela a généré un sentiment d'échec suscitant de l'anxiété. Or si l'éducateur commence à se sentir anxieux vis à vis du résultat des enfants, comment cela pourrait-il créer un climat favorable à l'apprentissage?
La confiance de l'éducateur me semble un pré-requis fondamental, même si c'est plus facile à dire qu'à faire! Alors, si on se met comme objectif qu'on va amener les enfants à tenir le programme scolaire année par année, voyez quelle pression cela met immédiatement sur l'éducateur. D'emblée, c'est lui qui part avec un handicap.
Ensuite, grâce à un entourage approprié, elle a pu mettre le doigt sur un obstacle fort: les idées préconçues. "Un enfant doit savoir faire ceci à tel âge!" Si l'enfant ne s'en montre pas capable, ou bien on en rejette la faute sur l'enseignant et/ou sa méthode, ou bien on étiquette l'enfant d'une tare, pardon, d'une difficulté cognitive ou comportementale.
La réponse de son équipe a été à la fois "d'élargir" ses principes afin d'inclure plus d'enfants et d'éviter au maximum la médicalisation.

Quand j'ai découvert ce livre, il y a 3 ans, ce passage a éveillé un écho très fort avec ce que je ressentais. La confirmation que l'on pouvait laisser le temps au temps avec un enfant qui en avait besoin sans se précipiter tout de suite chez un médecin.
Loin de moi l'idée qu'il faille repousser tout recours à une aide médicale. Il y a malheureusement de véritables pathologies ou handicaps à repérer et à "traiter" le plus tôt possible, comme l'autisme. Mais n'en fait-on pas trop en se précipitant chez un spécialiste à la moindre difficulté?
Quelle image de lui-même se fait le petit de 4 ans qui a encore un petit défaut de langage et qu'on conduit tout de suite chez l'orthophoniste? Lui qui était heureux de parler et se faisait comprendre de tous, il a malgré tout quelque chose qui ne va pas et qu'il faut corriger.
Je me souviens d'un groupe d'orthophonistes venues en stage de formation Montessori et nous disant de prendre son temps avant d'envoyer un enfant en consultation d'orthophonie.
Notre société a une volonté forte de tout contrôler, surtout chez nos enfants. On veut de la norme. Les enfants nés en telle année devraient tous en être à tel point (en oubliant au passage que, dans un groupe d'âge, il pourra y avoir 1 an d'écart entre l'enfant né le 1er janvier et celui né le 31 décembre!). A force de vouloir normaliser à tout prix et d'aller voir le spécialiste immédiatement, nous créons des difficultés là où il n'y en avait pas et, de toute façon, nous allons à l'encontre de la construction d'une forte estime de soi, indispensable pour bien réussir...

Bien sûr, cela suppose un sacré lâcher-prise et nécessite de placer le curseur de nos attentes au bon endroit: celui qui permettra à l'enfant de développer ses qualités.

J'ai eu l'occasion, lors de mon expérience à l'école, de lâcher complètement les attentes scolaires dans un domaine avec un enfant qui était en âge de fréquenter le CP. Lors des 18 mois qu'il avait passé dans la classe 3-6 ans avant d'arriver dans ma classe, nous avions bien vu que ce petit garçon avait besoin de temps pour assimiler certaines choses. Le langage et le calcul n'étaient pas ses activités de prédilection. C'était un enfant qui était encore beaucoup dans le mouvement, l'observation des autres, toujours prêt à aller rendre service à un autre enfant et moins porté à se concentrer sur son propre travail. Très intéressé par le concret et comprenant très bien le système décimal, il avait néanmoins énormément de mal à mémoriser le nom des nombres de 1 à 10. Enfin, c'était un enfant certes très moteur mais qui ne dessinait pas, ni à l'école, ni à la maison.
Lorsqu'il est arrivé en 6-12 ans, c'était justement l'année où je venait de découvrir les travaux de la grapho-thérapeute Danièle Dumont et j'avais proposé tout un tas d'exercices à l'ensemble des enfants, en fonction de leur niveau d'écriture, dans le but de les aider à développer une écriture fluide et facile.
Mais ce petit garçon, lorsque je lui proposais des exercices pourtant destinés à des enfants de maternelle, montrait que sa main était loin d'être prête à l'écriture. Il lui manquait beaucoup d'éléments pour pouvoir rentrer correctement dans le tracé des lettres sans effort et quand il essayait d'écrire, la tension des doigts et du poignet était telle que son tracé était fait de micro-lignes brisées.
Cet enfant avait parfaitement l'âge du CP et, selon le programme, aurait dû pouvoir faire de l'écriture très régulièrement chaque jour. Mais quand je le regardais écrire, je souffrais pour lui et me disais que si nous continuions ainsi, nous ne réussirions qu'à provoquer un blocage et des douleurs dans le poignet pour cet enfant.
La seule solution qui m'est alors apparue a été d'arrêter de demander à cet enfant d'écrire. Je lui ai dit que je pensais que sa main n'était pas tout à fait prête et lui ai proposé d'arrêter d'essayer d'écrire pendant un temps mais de continuer à toucher ses lettres rugueuses, de reprendre certains matériels de vie pratique, essayer de faire du crochet et des formes à dessin (une activité qu'il n'avait presque jamais faite en 3-6, bien qu'elle lui ai été présentée), le tout accompagné de quelques exercices ludiques de Danièle Dumont pour travailler l'horizontalité. Je lui ai expliqué que sa main allait finir de se préparer en faisant d'autres exercices et qu'ensuite, il pourrait se remettre à écrire.
Nous étions alors en octobre. Pendant plusieurs mois, ce petit garçon a fait des tas de choses dans la classe, il faisait des dictée muettes, lisait des mots et des petits livrets, il écrivait des chiffres quand il calculait mais n'a plus écrit une seule lettre avec un crayon. Mais il reprenait avec plaisir des activités de vie pratique et faisait des tas de choses avec ses mains: tisser, broder, repasser, scier, planter, faire des gâteaux... Je lui proposais aussi des mandalas et il re-découvrait les formes à dessin.
En décembre, j'ai eu droit à mon premier "dessin" gentiment offert par lui: juste quelques à-plat de couleurs. En janvier-février, les premiers dessins figuratifs apparaissaient: guère plus que des bonshommes-têtards, mais au moins ils étaient là. Et puis, au retour des vacances de Pâques, il m'a demandé s'il pouvait essayer d'écrire des lettres sur le tableau ligné. C'était la première fois qu'il avait vraiment envie d'écrire.
Quand je suis repassée près de lui 10 minutes plus tard, je n'en ai pas cru mes yeux! Comme sa grande sœur était à côté de lui et l'aidait à travailler depuis le début de la matinée, j'ai pensé un instant que c'était elle qui lui avait fait un modèle. Mais non! C'était bien lui! De beaux "l" absolument magnifiques d'un tracé souple et élancé...
En discutant avec la maman, j'ai appris que pendant les vacances, l'envie d'écrire lui était venue et qu'il avait commencé à s'entraîner, tout seul. Par la suite, je lui proposé de reprendre son cahier d'écriture, laissé de côté depuis octobre. Et enfin il a commencé à écrire d'une écriture relativement liée, sans l'horrible crispation qui rendait tout illisible.

J'avais eu raison de laisser le temps, de ne pas vouloir forcer cet enfant à écrire dans l'espoir qu'il progresse en écrivant. Ceci-dit, dans cet exemple, vous remarquez peut-être que je n'ai pas juste laissé tombé cet apprentissage en me disant "on verra ça plus tard". Je me suis inspirée de mes lectures montessoriennes, de Donna Bryant-Goetz, mais aussi de E.M. Standing. Dans sa biographie de Maria Montessori, Standing parle très bien de l'importance que joue l'adulte sur l'enfant par l'influence qu'il peut avoir sur le milieu.
C'est une notion très montessorienne: quand nous voulons obtenir quelque chose d'un enfant, ce n'est pas sur lui que nous devons faire peser notre influence, mais sur le milieu que nous offrons à l'enfant: notre manière d'être ainsi que les activités que nous pouvons offrir à l'enfant. Par exemple, plutôt que de répéter sans cesse une règle que les enfants ne suivent pas, proposer une activité aux enfants qui va leur permettre de réussir à respecter la règle.
Dans le cas de cet enfant, c'est précisément ce que j'ai essayé de faire: proposer un ensemble d'activités variées qui n'étaient pas l'écriture pour amener cet enfant à l'écriture. D'ailleurs, si on prend le temps de relire les passages de "Pédagogie scientifique T1" consacrées à la calligraphie, on voit bien que, pour Maria Montessori, ce n'est pas en écrivant qu'on se perfectionne dans l'art d'écrire mais en pratiquant encore et encore tout un tas d'exercices préparatoires: "Nos enfants, même ceux qui écrivent déjà depuis un an, continuent toujours les 3 exercices préparatoires qui ont provoqué si parfaitement le langage graphique: nos enfants apprennent donc à écrire et se perfectionnent dans l'écriture sans écrire."

Cet épisode de mon expérience à l'école a été vraiment important pour moi et j'y re-pense régulièrement. Pas un instant je ne regrette la décision que j'ai alors prise. Mais il m'arrive souvent de repenser à l'organisation de la classe à la lumière de cet épisode.
Que se serait-il passé pour tel ou tel enfant si j'avais pu plus lâcher prise? Si j'avais eu moins en ligne de mire les compétences attendues pour un enfant à chaque âge?
Voilà encore un sujet sur lequel je me pencherai bientôt dans un autre billet car celui-ci est déjà bien assez long comme cela.

Et vous? Qu'en pensez-vous? Avez-vous vécu des expériences semblables? N'hésitez pas à m'en faire part en commentaire.